















A Madagascar, la consommation annuelle moyenne de riz par individu est de 130 kg par personne, l'une des plus importante au monde.
Habituellement la riziculture dans ce pays est liée à l'irrigation (sur 1 054 381 ha - étude de 1999 UPDR/FAO) et le choix des méthodes conditionnant le rendement au champs
(SRT, SRA, SRI, etc.) est déterminée notamment par la variété et la qualité de la maitrise de l'eau. Le reste des
superficies rizicoles est cultivé en riz pluvial, sur brulis (135 966 ha de tavy) et sur les pentes herbacées (139 337 ha de tanety).
Actuellement, la moitié des rizières inondées est mal irriguée, en particulier du fait de l'ensablement des bas-fonds consécutif à l'érosion et
d'immenses étendues de terres de tanety incultes sont abandonnées à l'Aristida (bosaka) faute de disposer de
variétés de riz adaptées ou de terre suffisamment fertile.
Enfin la démographie en forte extension de Madagascar invite à réfléchir à des solutions à long terme. La préservation de l'environnement, la lutte contre l'érosion et les pollutions,
la restauration de la fertilité des sols et la prise en compte des critères socio-économiques sont des éléments indissociables et préalables à toute opération de
développement agricole durable. Aussi, dans un objectif de lutte contre la pauvreté de nouvelles perspectives s'ouvrent et une stratégie de conquête
agricole respectueuse de l'environnement peut être définie :

Sur les hauts plateaux malgaches, très peuplés, les paysans cultivent donc le riz irrigué partout où c'est possible, au prix d'admirables aménagements dans les bas-fonds et de
terrasses à flanc de colline. En revanche, faute de variétés adaptées, ils ne produisent pas de riz sur leurs
immenses étendues de terres de collines.
En effet, la culture du riz pluvial était cantonnée, jusqu'à récemment, à des altitudes inférieures à 1200 m. Cette frontière a été repoussée
grâce au travail des généticiens et les les économistes ont montré parallelement que les consommateurs étaient très receptifs au riz pluvial de qualité. Une voie s'ajoute à
l'intensification de la culture irriguée : celle de l'extension des superficies rizicoles. De nouvelles perspectives qui contribuent à lutter contre la pauvreté
s'ouvrent ainsi aux agriculteurs.
La demande en riz des zones d'altitude ne peut pas être satisfaite uniquement par le riz irrigué Au milieu des années 80, fort de son expertise sur le riz pluvial en zones de basse et moyenne altitude, le Cirad et le Fofifa ont donc lancé un nouveau défi : cultiver du riz pluvial à des altitudes de 1500 à 1600 m, là où le froid allonge considérablement le cycle du riz et provoque la stérilité des épillets.

Un programme de création de variétés tolérantes au froid des Hautes terres a été lancé avec le FOFIFA, pour transférer la tolérance au
froid des variétés locales de riz irrigué vers des variétés modernes de riz pluvial.
Une collection de riz irrigué tolérant au froid a été constituée avec des variétés locales collectées à des altitudes supérieures à 1 500 m et des variétés introduites d'Asie.
Puis, plusieurs dizaines de croisements ont été réalisés. Leurs descendances ont été sélectionnées sur des sites de référence identifiés par les agronomes après une
caractérisation minutieuse de la diversité des sols et du climat de la région. Dès 1995, un premier lot de variétés de riz pluvial tolérantes au froid était disponible. Elles ont été
testées en milieu paysan pour être connues et diffusées. Depuis 1995, deux autres lots sont venus compléter la gamme. Aujourd'hui, on dispose d'une dizaine de variétés
(tableau 1) avec différents types de grain et différentes longueurs de cycle. Ces variétés ont presque toutes un parent commun, issu du groupe local Latsika, seule cultivée
à 1 800 m d'altitude dans des conditions aquatiques.
| Variété | Femelle | Mâle | année | diffusion |
|---|---|---|---|---|
| Fofifa 133 | Latsidahy | Fofifa 62 | 1992 | PYRICULARIOSE |
| Fofifa 134 | Latsidahy | Fofifa 62 | 1994 | NON |
| Fofifa 151 | Latsidahy | Shin Ei | 1995 | NON |
| Fofifa 152 | Latsidahy | Fofifa 62 | 1995 | PYRICULARIOSE |
| Fofifa 154 | Latsidahy | Fofifa 62 | 1995 | PYRICULARIOSE |
| Fofifa 157 | Latsidahy | Fofifa 62 | 2000 | NON |
| Fofifa 158 | Fofifa 62 | Shin Ei | 2000 | NON |
| Fofifa 159 | IRAT 114 | Fofifa 133 | 2000 | OUI |
| Fofifa 161 | IRAT 114 | Fofifa 133 | 2003 | OUI |
| Fofifa 167 | CA 148 | Shin ei | 2005 | OUI |
| Fofifa 168 | Latsidahy | Fofifa 62 | 2005 | OUI |
| Fofifa 172 | IRAT 265 | Jumli Marshi | 2006 | OUI |
| Chhomrong Dhan | origine | NEPAL | 2006 | OUI |

Répondant à une attente, les variétés de riz pluvial d'altitude ont été rapidement adoptées par des paysans des hauts plateaux malgaches. Ainsi, sans créer de système de diffusion sophistiqué, en début des années 2000, le nombre d'exploitants cultivant du riz pluvial était estimé à plus de 10 000 dans la région d'Antsirabe. La place du riz dans les systèmes de culture pluviaux de la région progresse rapidement.
Les variétés de riz pluvial créées à Madagascar ont été rapidement proposées et testées dans d'autres régions du monde :
en Chine, l'introduction des variétés malgaches de riz pluvial d'altitude destinées à être testées dans la zone montagneuse de la province de Yunnan est à l'origine d'un
partenariat permanent entre les chercheurs du Cirad et du Yunnan Academy of Agriculture Sciences ;
en Amérique Latine, l'évaluation dans les Andes colombiennes auprès des paysans sans tradition rizicole mais ayant un régime alimentaire à base de riz, a suscité un vif
intérêt. Pour prendre en compte toutes les dimensions de cette demande, le Cirad et le Ciat (Centre international d'agriculture tropicale) en Colombie ont mis en place une équipe
de recherche spécialisée. La démarche d'introduction de variétés puis d'évaluation participative pourrait s'étendre à d'autres pays de la région.

A Madagascar, le développement durable de la riziculture pluviale d'altitude passe par la mise au point de systèmes de culture conservant la fertilité du sol et respectant
l'environnement.
Le Cirad et le Fofifa ont décidé de relever ce défi en s'appuyant sur la gestion agrobiologique des sols, la mise au point de méthode de lutte intégrée contre les insectes
terricoles et contre la pyriculariose, l'élargissement de la base génétique du matériel végétal ainsi qu'une plus grande prise en compte des interactions entre les génotypes
des riz cultivés, les systèmes de culture et l'environnement. La recherche d'innovations techniques sera constamment pilotée par l'analyse économique des systèmes de culture.
La participation active des agriculteurs et de leurs organisations aux processus de création, évaluation et diffusion des variétés et des systèmes de culture aura un rôle
déterminant.
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| Jean-Luc Dzido (Cirad) Alain Ramanantsoanirina(Fofifa) |
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