CIRAD
Fiche technique
Vannage du paddy © P.Vallois

Projet BV Lac Alaotra - riziculture - Mise au point de la méthode MAFF


riziculture repiquée - la méthode MAFF
et la mise en place de "rizières kapoaka"
par Patrick VALLOIS, expert associé au projet BV Lac Alaotra







Thèmes associés




SUCCES D\'UNE METHODE

Objectif : dépenser moins et produire au moins autant

Principe : partir de ce que les paysans font, et modifier les éléments en expliquant pourquoi

Résultats :

  • l'intérêt en économie de semences est immédiate
  • Les plants ne jaunissent pas après repiquage, ils sont plus sains
  • Le tallage est convaincant (souvent plus de 40 talles) et le grain de meilleure qualité
  • 1 à 2 t de paddy supplémentaire par hectare lors de la récolte
  • Les rizières "kapoaka" ont convaincu et permis de valoriser les petits essais.

Résumé


Les paysans ont le soucis de limiter le risque. Ils sont plus attirés par un gain immédiat et concret, que par une promesse de grosse récolte plus tard. De plus ils ne disposent souvent pas de ressources financières suffisantes en début de campagne. D'où cette idée d'améliorer la riziculture en proposant l'économie de semences tout en produisant "au moins autant" - un message qui passe bien !


Cette approche intégrée aux activités du projet de Mise en valeur et protection des bassins versants du lac ALAOTRA a été conduite en complémentarité à d'autres méthodes de riziculture irriguée. Elle a été conduite sur le périmètre rizicole PC 15-VM près d'Ambatondrazaka (Madagascar) pour aider les agriculteurs à consolider la rentabilité de leur exploitation en diminuant leurs coûts de production.


L'action a permis la définition d'un nouveau mode d'enseignement de l'amélioration de la riziculture, reprenant plusieurs points du Système de riziculture intensive (SRI), mais orientés vers l'économie des semences plutôt que vers l'extrême jeunesse des plants et la promesse de récoltes extraordinaires, avec un exposé analytique et explicatif plutôt que synthétique et dogmatique, et introduisant la souplesse et la comprehension du système plutôt que l'exigence de perfection.


Cette nouvelle façon d'enseigner l'amélioration de la riziculture, appelée MAFF(Mitsitsy Ambioka sy Fomba Fiasa), près de 50 agriculteurs sur près de 80 hectares ont pu en démontrer la validité dans la plupart des conditions de la riziculture repiquée, y compris en repiquage en foule (c'est-à-dire sans même aligner les plants), ce qui est nouveau, et très prometteur pour Madagascar.


Les gains ont porté sur les postes suivants :

  • Beaucoup moins de semences, économie équivalente à la valeur du repiquage, particulièrement attractif en début de campagne

  • Arrachage, transport et repiquage des plants plus rapides,

  • Meilleure récolte (1 t/ha supplémentaire environ, voire davantage, en partant des 4 t/ha couramment obtenues dans la région).



Comparation méthode classique / méthode MAFF
Mode de cultureGains
OpérationsClassiqueMAFFQuantitéMontant
Semences80 à 160 kg7 à 15 kg90 kg81 000 
Arrachage5 à 6 j/ha1,5 j/ha4 j9 600
Transport des plants1,7 jours0,7 jours1 jour2 400
Repiquage30 à 35 j/ha24 j/ha6 j14 400
Economie sur coût   107 400
Récolte4t/ha5 t/ha1 t/ha450 000
Total557 400




A ces gains quantifiables s'ajoutent deux circonstances avantageuses :

  • Le repiquage est avancé (jusqu'à un mois) et rend la main d'oeuvre disponible pour d'autres travaux de saison des pluies (en particulier cultures en scv).

  • Le gain sur la période de reprise après repiquage diminue la durée du cycle cultural d'environ 15 jours et, avec les variétés non photo-périodiques, permet d'avancer la récolte d'autant.




Description de l'action


Plant de 34 talles à 45 jours©P.Vallois

But


L'action menée à la demande du Projet, vient compléter les efforts de la Fédération des Association des usagers de l'eau (AUE) de la vallée Marianina et du PC 15 pour parvenir à son autonomie financière en matière d'augmentation de la productivité du périmètre.


Sur un thème central d'économie des semences sont déclinées une campagne de communication et des formations théoriques et pratiques d'agriculteurs volontaires.



Objectifs et résultats escomptés


Les objectifs fixés par les termes de référence étaient relativement modestes.

  • Objectif spécifique :
    • Démontrer et mettre en pratique l'amélioration des façons culturales de la riziculture repiquée, par un ensemble de riziculteurs du Périmètre pouvant servir d'exemple pour les années suivantes.

  • Résultats escomptés :
    • Dégager une approche efficace pour la formation des agriculteurs.
    • Au moins 20 riziculteurs doivent améliorer sensiblement les façons culturales sur des parcelles d'au moins 50 ares chacun (10 hectares au moins)
    • Sensibiliser la plupart des mailles hydrauliques, des villages et des principales organisations paysannes à la faisabilité d'une amélioration rapide des façons culturales.

Pied de riz de 178 talles © P.Vallois

Thèmes


Cette nouvelle approche orientée économie des semences se nomme MAFF, qui signifie "Économie de semence et façons culturales" (Mitsitsy Ambioka sy Fomba Fiasa). C'est un sigle malgache qui se prononce comme le mot mafy qui signifie "fort", et de fait les pieds de riz obtenus sont manifestement plus forts, peuvent avoir 10 fois plus de talles et des panicules une fois et demi plus grandes.


A proprement parler ce n'est pas "une technique" mais plutôt un mode d'enseignement de l'amélioration de la riziculture repiquée - plus analytique que le SRI.


Durant cette campagne l'analyse a porté sur sept détails pratiques de la culture.

  • Diminution drastique des quantités de semences (7 à 15 kg / ha au lieu de 80 à 160) et par conséquent diminution de la densité des plants repiqués (10 à 25 / m²).

  • Semis clair pour pouvoir séparer les plants individuellement (50 g par m² au lieu de 250 g/m²) et pépinière non inondée.

  • Transplantation quand les plants sont très jeunes (14 à 20 jours au lieu de 25 à 40).

  • Arrachage en douceur, sans laver les racines ni frapper, en laissant les racines habillées de terre.

  • Repiquage immédiat (15 mn à 1h après arrachage, 4h au plus) et non le lendemain.

  • Repiquage de plants individuels et non de 4 à 12 plants en touffe.

  • Repiquage peu profond, 1 à 2 cm (crucial).

  • Facultativement, repiquage en ligne ou au carré pour pouvoir sarcler à la houe rotative



Mme Haja Razanakoto

Moyens pratiques de l'action


Interventions animées par Mme Haja Razanakoto assistée de MM. André Randrianarimanana et Jules Randrianoavison :


  • Sensibilisations en villages (fokontany, AUE,etc.).

  • Formations théoriques (dites "sur table") : enseignement des modifications et du pourquoi.

  • Formations spécifiques de groupes de repiqueuses.

  • Formations de terrain, sur pépinière, pour le semis.

  • Formations de terrain, dans la rizière mise en boue, pour le repiquage.




Analyse


Étude de l'économie réalisée


  • L'économie de semences est comprise entre 60 et 150 kg /ha, soit entre 54.000 et 135.000 Ar. Plusieurs paysans ont pu revendre à bon compte des plants restés dans leurs pépinières, inutilisés par le repiquage à faible densité.

    L'économie sur les semences est donc de l'ordre du coût du repiquage, qui est d'environ 75.000 Ar par hectare.

  • L'économie sur la durée du repiquage (beaucoup moins de plants se repiquent plus vite) commence à pouvoir être estimée. Pour la riziculture en foule, l'amélioration doit permettre de descendre de 30 à 35 journées de repiqueuses par hectare (durée actuelle) à 20 seulement, soit une économie d'un tiers. L'agriculteur qui a fait repiquer en ligne à vue, sans corde, est justement descendu à ce niveau (3 h avec 36 femmes pour 0,87 ha à premier essai, soit 17,8 ou 20,7 repiqueuses pour un hectare selon que la journée dure 7 ou 6 heures).

    Panicule classique et panicule MAFF (variété Makalioka)Lors des repiquages, on peut remarquer un nombre démesuré de repiqueuses dans les parcelles, presque une par mètre. Cette densité de main d'oeuvre diminuera beaucoup avec cette approche.

    A la différence du SRI et du SRA, le surcoût dû à l'alignement des plants cesse d'être un obstacle à l'amérioration de la culture car le repiquage en ligne ou en carré n'est pas exigé (le sarclage mécanique à la houe est facultatif). Fait très nouveau et de grande portée, cette approche permet d'améliorer aussi la riziculture en foule.


  • Repiquage précoce. Un autre facteur d'économie provient du rajeunissement des plants qui permet de repiquer plus tôt, un mois parfois, et de rendre la main d'oeuvre disponible pour les autres cultures qui dépendent des pluies (notamment pour les systèmes de culture sur couvertures végétales (SCV sur tanety).

  • Pas de perte de temps à la reprise.Pour les variétés non photopériodiques, un ultime gain provient de la suppression de la période de reprise après repiquage, qui fait gagner une quinzaine de jours, permet d'avancer d'autant la récolte et de mieux valoriser le produit.


Chez M. Rasely 200 g de semences ont produit 425 kg de paddy © P.Vallois

Augmentation du rendement


  • L'objectif n'était pas d'augmenter le rendement, mais seulement de produire "au moins autant". Pourtant l'augmentation a été très nette et systématique. Elle a été d'environ 1 t/ha, obtenue par un meilleur tallage et surtout au Lac Alaotra par des panicules plus longues
  • .



Les rizières "kapoaka"

une kapoaka : boite de lait concentré utilisée comme mesure - capacité d'environ 200 g de paddy

Cette idée qui a eu du succès : offrir 200 g de paddy prégermé d'une bonne variété, à condition que le riziculteur la repique à faible densité.

L'objectif était de montrer qu'en espaçant les plants, une graine de riz pouvait produire plus de 2000 grains et renouveler ainsi rapidement les semences : 200 g d'une bonne variété permet de produire facilement 200 kg, qui permettront d'emblaver de 10 à 30 hectares l'année suivante.


La kapoaka de 200 g

Ces rizières kapoaka ont eu un retentissement, du point de vue de la communication - Un effet choc !

Mais au delà, que ce soit des petites rizières familiales affectées à une production d'autoconsommation (qui représentent 60 à 70 % des rizières du pays) aux exploitations commerciales de grandes surfaces, toutes sont concernées par cette méthode MAFF et l'engouement des paysans qui se dessine déja pour une adoption lors de cette prochaine saison sera un test en vraie grandeur.








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