CIRAD
Fiche technique

L'ethique anti-acridienne (d'après J-F Duranton)








Ethique anti-acridienne


La grégariaptitude confère aux locustes un redoutable potentiel de nuisance quand ils parviennent en phase grégaire et forment des bandes larvaires et des essaims susceptibles de se déplacer sur de grandes distances. Le péril vient du nombre et de la densité, car chaque individu est réputé pouvoir consommer 50 % de son propre poids de matière végétale par 24 heures, or la densité peut dépasser 5 000 larves/m² dans une bande ou 500 imagos /m² dans un essaim (le poids d’une larve variant de 0,1 g à 0,8 g selon le stade alors que le poids d’un imago dépasse 1 g), la prédation peut ainsi être évaluée à près de 2,5 t/ha d'essaim et par jour.

La stratégie d'intervention est fondée sur une bonne connaissance préalable de la bioécologie de l'espèce que l'on souhaite maîtriser. Il s'agit ensuite de tout mettre en œuvre pour maintenir durablement les populations de l'espèce en phase solitaire (ou faiblement transiens). Pour cela, une surveillance permanente de l'aire grégarigène est nécessaire et les interventions de lutte préventive consistent à éliminer toutes les populations acridiennes proches du seuil de grégarisation et qui occupent des surfaces significatives. Lorsque la croissance des populations solitaro-transiens dépasse les capacités de lutte préventive, un phénomène de recrudescence s'amorce et une lutte curative doit impérativement être déclenchée ; pour être efficace cette lutte doit-être massive autant que rapide car l'ensemble des populations de l'espèce doit être ramené en-dessous de la masse-critique permettant la grégarisation, et ce, dans les plus brefs délais. Si, pour de quelconques raisons, la recrudescence ne peut être enrayée on passe en situation de lutte curativo-palliative ou, pire, palliative et cela pour plusieurs années et sur des étendues considérables, bien supérieures à celle des foyers de pullulation initiale.

Les moyens techniques existent pour mener des luttes préventives, curatives, ou palliatives efficaces ; le choix de la stratégie est politique même et surtout quand ce choix se fait par défaut. A titre d’exemple rappelons qu'en 3 ans de lutte palliativo-curative, à Madagascar, il a été dépensé des sommes permettant de mener confortablement et efficacement une lutte préventive de qualité durant plus d'une cinquantaine d'années.

Contre les locustes, seule la lutte préventive (dans un cadre intégré) est recevable, tant sur le plan économique que sur le plan écologique ; toute autre forme de lutte est un aveu d'échec. Cependant force est d'admettre que la lutte curative doit être encore fréquemment pratiquée et, dans ce cas, il faut rappeler les règles de base qui devraient structurer toute intervention :

  • critère d'efficacité toute intervention se doit d'être efficace - les contrôles d'efficacité doivent être systématiques.
  • critère de productivité - toute intervention se doit d'obtenir le maximum de résultats en faisant intervenir le minimum de moyens et cela non seulement au plan financier mais aussi en rapidité d'action ; pour être efficace, il faut agir vite et bien, d'où la mise au point de techniques particulières comme l'application en barrières et en UBV de pesticides sur les bandes larvaires ; il importe de protéger le maximum de surface dans le minimum de temps .
  • critère d'économie - le coût financier de l'hectare traité (ou protégé) est une préoccupation constante des opérateurs, de même que le coût en temps. Le coût des interventions doit rester aussi faible que possible au regard des dégâts évités et des impacts socio-économiques néfastes contrecarrés (refus de cultiver des paysans, exode rural, famines...).
  • critère de respect de l'environnement - le respect de l’environnement, à long terme, réside dans une lutte préventive, intégrée, efficace et durable. Celle-ci a pour unique objectif de maintenir durablement les populations de locustes en phase solitaire avec des effectifs suffisamment bas, de sorte que l'acridien reste inoffensif et ne puisse pas significativement profiter des créneaux écométéorologiques favorables. En cas d'invasion, la lutte chimique reste encore, le seul recours pour casser la dynamique d'un fléau. La réelle protection de l\'environnement implique :
    • de maintenir durablement les populations de locustes en phase solitaire (rémission) afin de restreindre les surfaces traitées chaque année au minimum et de minimiser, ipso-facto, les risques de recrudescence par une lutte préventive judicieusement conduite ;
    • de réduire la durée et l’extension géographique du phénomène transiens ou pire grégaire (lutte curativo-préventive) en utilisant les bons pesticides à la bonne dose, au bon moment, au bon endroit et dans le plus strict respect des règles de l’art en matière d’application, ce qui implique un contrôle rigoureux des paramètres d’application.
  • critère de respect de la santé humaine, pour les opérateurs mais aussi pour les agriculteurs ou les éleveurs comme pour les consommateurs.


Tous ces paramètres sont pris en considération par l'application des règles de l'art en matière d'épandage et en particulier dans le respect constant des conditions restrictives (vent, température...), de la dose d'application comme du volume d'application. Il n'y a pas de bon ou de mauvais produit mais des produits bien ou mal appliqués, or ce dernier cas doit être exclu des pratiques anti-acridiennes, raison pour laquelle l'encadrement des chantiers de lutte ne peut se faire que par des professionnels expérimentés.

Paramètres d'application de tout pesticide chimique ou biologique


  • Aucune application de "pesticide " n'est anodine pour l'Environnement et l'adage populaire rappelle que "la dose fait le poison".
  • Respect de la dose d'application (masse de matière active/hectare).
  • Respect des conditions météorologiques : ne pas appliquer de pesticides en cas de risque d'intempéries pour éviter le gaspillage et les risques de pollution.
  • Respect des conditions aérologiques : Température <35°C vitesse du vent <5m/sec.
  • Assurer la régularité du débit des appareils de traitement : régularité du débit temporel (Volume/minute) et de la vitesse de progression.
  • Utiliser des appareils appropriés aux conditions de traitement (Kit ULV pour les motopulvérisateurs à dos : pompe, + kit teflon ,+ plaquette laiton pour le régulateur de débit et si possible 'tête ULV').
  • Respecter la hauteur d'émission des gouttelettes.
  • Assurer un spectre de gouttelettes approprié : ordinairement entre 40 et 80-100 de diamètre.
  • Assurer un calibrage et un entretien régulier du matériel pour éviter l'encrassement comme l'usure prématurée des appareils
  • Adéquation du protocole d'application (couverture totale régulière ou irrégulière, application en bande, application en barrières sous dérive contrôlée...) à la nature du pesticide, à la cible acridienne (Espèce, stade phénologique, comportement phasaire...), à la structure du tapis végétal et du relief, au contexte environnemental (type et niveau d'anthropisation).
  • Ne jamais appliquer aux abords immédiats des points d'eau ou des habitations.
  • Respect de la santé humaine
    • pour les opérateurs : port des équipements de protection
    • pour les agriculteurs, pour les éleveurs : information avant traitement et utilisation d'acridicides dont les solvants et les matières actives ne sont pas phytotoxiques,
    • pour les consommateurs : Respect des délai de carence propre à chaque pesticide, pour les cultures, les pâturages...


Par mesure de précaution, tous les véhicules (roulants ou volants) porteurs d'appareils de traitement doivent être équipés d'enregistreurs des paramètres d'application (tracés, vitesse, débit, voire hauteur relative de vol...)



 Jean-François Duranton
Adresse :
CIRAD Département AMIS
Ecologie et maîtrise des population d'acridiens (PRIFAS)
TA40/D, Campus International de Baillarguet
34398 MONTPELLIER CEDEX 5 - FRANCE
Téléphone : +33 (0)4 67 59 39 34
Télécopie : +33 (0)4 67 59 38 73
Courriel : dregion@cirad.mg
 


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