



















175 millions d'années d'insularité ont conduit, à Madagascar, au développement d'une flore et d'une faune très originales : plus de 80 % des végétaux supérieurs sont
endémiques et l'île constitue l'un des 12 centres de méga-diversité de la planète. Mais les écosystèmes malgaches se caractérisent aussi par leur très grande fragilité et le taux de
déforestation y est l'un des plus alarmant du monde.
En Afrique sahélienne le constat de la dégradation des terres est bien établi. Les causes relèvent de la persistance des conditions climatiques défavorables et de la pression
démographique croissante qui accentuent le déséquilibre entre la demande et la productivité des écosystèmes. La cueillette de produits non ligneux, le surpâturage, la collecte de bois
de feu créent des prélèvements supérieurs au croît naturel des écosystèmes et favorise les processus de désertification.

Par ces deux situations, nous abordons l'un des enjeux majeurs des pays tropicaux : la recherche d'équilibres entre la conservation des ressources naturelles et leur
exploitation, soit sur le mode traditionnel par les populations autochtones, soit par un processus industriel.
Ces questions se posent avec la même acuité dans les pays à fort potentiel biologique que dans les zones en voie de désertification. Les interrogations fondamentales sont
identiques : comment assurer une gestion durable des écosystèmes qui soit à la fois économiquement rentable, sociologiquement acceptable et écologiquement satisfaisante.
Vouloir répondre à cette question implique certains préalables scientifiques comme la connaissance du fonctionnement des écosystèmes, l'évaluation des ressources, la mesure de
l'impact des pratiques humaines sur la biodiversité, la maîtrise des outils permettant la conservation et/ou la valorisation des essences menacées. Ce sont ces points que, dans le
cadre du projet Corus soutenu par le Ministère français des affaires étrangères , nous souhaiterions aborder de concert à Madagascar et au Sénégal. Ce projet a été doté d'un
financement de 60000 euros .
Afin de proposer un programme à taille humaine, dont la réalisation sera compatible avec les moyens humains, techniques et financiers mis à la disposition
du projet, nous avons choisi de poser un certain nombre d'hypothèses simplificatrices en travaillant sur quelques espèces modèles représentatives des contextes malgaches
et sahéliens et en limitant les thématiques abordées.
Les modèles biologiques retenus appartiennent à deux genres botaniques ligneux : Adansonia (les baobabs) et Dalbergia (les palissandres) présents à la fois
dans les flores malgache et sahélienne. Ils y ont des rôles économiques, sociaux, écologiques... et plus récemment écotouristiques importants. Le genre Adansonia est
représenté par sept espèces à Madagascar, dont six sont endémiques. A. digitata est l'unique baobab sur le continent africain où il est considéré comme l'arbre
providentiel de l' Africain. Le genre Dalbergia présente essentiellement deux espèces sur le continent africain dont D. melanoxylon
qui fournit l'ébène du Sénégal. A Madagascar il existe 43 espèces de Dalbergia dont de nombreuses fournissent des bois de valeur
(palissandre, bois de rose). La plupart des baobabs et palissandres sont aujourd'hui menacés de disparition dans tout ou partie de leur aire de répartition
Le projet a donc pour premier objet l'évaluation de la biodiversité de quelques espèces malgaches et sahéliennes de baobabs et de palissandres afin de proposer des stratégies pour
la conservation et l'utilisation des ressources génétiques adaptées à chaque espèce et chaque contexte. Ces points seront abordés avec le regard de l'écologue (évaluation
in situ du potentiel sur pied, de sa capacité de régénération, études démographiques) et celui du généticien des populations (organisation de la diversité génétique intra et
interspécifique, effet de la fragmentation des écosystèmes sur la biodiversité.
Le second thème abordé est la conservation de ce patrimoine, soit par une gestion in situ soit par le développement d'outils scientifiques et méthodologiques permettant
une sauvegarde ex situ . Deux domaines seront étudiés : la reproduction sexuée (écologie et physiologie de la germination) et la reproduction végétative
(rajeunissement, propagation horticole et micropropagation).

Au-delà de l'objectif scientifique, ce projet a pour vocation de développer un partenariat réel entre équipes de chercheurs. Le projet fera intervenir des équipes universitaires malgache et sénégalaise (universités d'Antananarivo et de Dakar), des structures nationales de recherche ( Fofifa, S.N.G.F., et C.N.R.E. ).
Un appui scientifique sera apporté par les centres de recherche français (CIRAD, IRD, C.N.R.S.) et leurs
chercheurs délocalisés au Sud.
Des transferts de techniques sont prévus dans le sens Nord-Sud ( via des séminaires de formations et des encadrements d'étudiants, en particulier de thésards) mais aussi Sud-Sud par des échanges méthodologiques entre équipe malgache et sénégalaise.
Le projet renforcera les moyens techniques des équipes du Sud. Il participera à mettre en place des structures scientifiques durables (laboratoires de culture in vitro , de biologie moléculaire) permettant de poursuivre les travaux initiés par le projet en réinvestissant tout ou partie des techniques transférées.
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